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De la section sportive du collège Louis Aragon ( Torcy) au monde pro

11 janvier 2019 - 08:20

A seulement 20 ans et après un début de saison tonitruant en National 2 avec l'AS Saint-Priest (5 buts et 5 étoiles au classement actufoot), Boubacar Fofana était courtisé par plusieurs écuries françaises et européennes. Le milieu offensif s'est engagé pour cinq mois avec le GFC Ajaccio en Ligue 2, et rejoindra l'OL pour quatre ans en juillet prochain. Actufoot part à la découverte d'un talent au parcours sinueux et atypique.

« Personnellement, j’ambitionne de retrouver le monde pro le plus rapidement possible. Pour atteindre mon but, je suis au bon endroit. Si l’équipe joue bien, les individualités vont ressortir naturellement ». Dans un entretien publié sur le site officiel de son club en septembre, Boubacar Fofana affichait déjà clairement ses ambitions. Sa signature de Saint-Priest (N2) au Gazelec Ajaccio (Ligue 2) préalable au contrat de quatre ans qui l’attend à l’OL (Ligue 1) est finalement symptomatique du nombre de joueurs talentueux dont regorge le football amateur. Si beaucoup de jeunes joueurs loupent le premier train vers le monde pro, des éléments à fort potentiel comme l’ex milieu offensif de l’ASSP finissent par conjuguer talent et régularité pour affoler à nouveau les radars des écuries professionnelles. « On a su l’intérêt de l’OL fin décembre, via l’agent du joueur. On savait que pas mal de clubs lui tournaient autour, qu’il serait compliqué de le garder. Il va faire six mois au Gazélec qui vont l’endurcir avant de jouer à Lyon, un club qui fait partie des meilleurs dans la formation au niveau européen. Et souvent, les joueurs qu’ils recrutent, derrière, ils explosent » livre Lionel Bah, l’entraîneur qui l’a convaincu d’adhérer à son projet dans le Rhône.

Nouveau bijou de Boubacar Fofana (98) avec @assaintpriest face à @FCMARTIGUES ce week-end. pic.twitter.com/7dxSzFyBB7

— Le chercheur de talents (@LeChercheurDT) 12 novembre 2018

« Il voulait limite arrêter le football »

Issu de la promotion 1998 du pôle espoirs de l’INF Clairefontaine, Boubacar Fofana intègre deux saisons auparavant la section sportive de Torcy à 11 ans, jusqu’en U13. Son éducateur au sein du club francilien, Eric Laclef louait déjà ses remarquables qualités techniques : « Il était très, très doué. Les capacités techniques qu’il montrait chez nous laissaient prédisposé qu’il allait intégrer le pôle espoirs de Clairefontaine, ce qu’il a fait. En plus, sa génération est celle qui est arrivée après la polémique des quotas. Ils ont à ce moment là intégré beaucoup de joueurs très talentueux malgré leur petite morphologie et leur gabarit frêle comme M’Bappé ou Claude-Maurice de Lorient qui est aussi passé chez nous ». Presque dix ans plus tard, l’aisance technique de Fofana continue d’impressionner : « Il a une facilité pour éliminer, une qualité technique importante pour sa taille. C’est le même style que Leroy Sané. Souvent, je lui envoyais des messages en lui disant de regarder Manchester City et Sané pour reproduire les mêmes choses. Il me répondait « ok coach, je vais regarder ». Ce sont des petites choses qu’on fait pour mettre en confiance le joueur. Je suis content pour lui car il voulait limite arrêter le foot il y a deux ans. Le remettre dans le bain et le voir en pro, c’est une fierté personnelle » raconte l’entraîneur de Saint-Priest.

Boubacar Fofana (au centre) lors de sa signature à l’AS Saint-Priest l’été dernier, en compagnie du président Patrick Gonzales (à gauche) et du coach, Lionel Bah (à droite sur la photo). Crédit : ASSP

Une trajectoire atypique

S’il s’apprête à découvrir la Ligue 2 avec le Gaz’ à seulement 20 ans, le parcours de Boubacar Fofana n’en reste pas moins sinueux et atypique. De l’INF Clairefontaine, au centre de Bastia, à sa découverte du football amateur, le feu follet a déjà parcouru du chemin. Manu Giudicelli, ancien directeur du centre de formation du Sporting et éducateur de Fofana en U19 nationaux se souvient de l’arrivée du jeune joueur : « C’est un garçon qu’on a récupéré à la sortie de l’INF Clairefontaine en U15. On était l’un des seuls clubs à lui avoir ouvert les portes. « Bouba » avait un retard morphologique important à l’époque et les clubs ne se ruaient pas forcément sur lui. Après l’avoir vu en stage, on a tenté le coup. Il a signé en U15 mais n’est arrivé chez nous qu’en U17. Ce qui nous a tapé dans l’œil, ce sont ses qualités techniques et de vitesses dans les enchaînements. On l’a pris pour ça ».

« Si on a déraciné ce gamin de la région parisienne sur Bastia, ce n’était pas pour rien » (Manu Giudicelli, Bastia)

A l’époque, la morphologie du joueur, « il était vraiment très petit » insiste Giudicelli, représente un frein dans son évolution à court terme. L’éducateur corse, qui entraîne actuellement les U17 Nationaux du FC Sochaux-Montbéliard se rappelle d’un jeune qui avait « du mal à répéter les efforts ». Il poursuit : « Il a connu une bonne progression dans ce domaine pendant ces deux ans, même si elle était lente à ses yeux. Son retard morphologique ne lui permettait pas de jouer tout le temps. Il a fallu gérer, être patient, attendre qu’il se développe sur le goût de l’effort. On n’avait aucun doute sur ses qualités techniques, sa vision de jeu, sa très bonne frappe. Il voyait des choses que les autres ne voyaient pas. Si on a déraciné ce gamin de la région parisienne sur Bastia, ce n’était pas pour rien. Je suis vraiment content de constater son éclosion, de voir qu’il a pris le temps nécessaire pour évoluer mentalement et gagner en maturité ». De son aveu lui-même, Fofana reconnaissait quelques manques, qui lui ont valu de se révéler plus tard que les autres.« J’ai 20 ans, chaque joueur a son parcours. Ce qui m’a manqué pour être dans un club pro ? Quand j’étais plus jeune, j’étais moins à l’écoute, j’étais têtu… Au haut niveau, le talent, c’est bien, mais le travail, c’est le plus important » disait-t-il encore au début de saison.

Des essais au Havre, proposé à Nancy et à Metz…

Au terme de ses deux ans au Sporting, Boubacar Fofana décide de ne pas prolonger son bail en Corse, malgré la volonté des dirigeants bastiais de le conserver. C’est Torcy, son ancien club, fraîchement promu en U19 National qui accueille à nouveau le joueur. Mais les retrouvailles ne rencontreront pas le même succès. « On avait certains critères d’exigence au niveau de l’état d’esprit du fait de notre statut de promu et des matches difficiles à jouer. C’est vrai qu’il n’avait à ce moment précis pas forcément le profil pour répondre présent tout de suite. Il n’a pas été très performant pour son retour et a peu joué ». Direction Épinal et le monde amateur seniors. Le staff du groupe N2 du SAS repère le virevoltant ailier lors d’une détection de jeunes organisée en région parisienne. « On avait flashé sur lui après une mi-temps. Il ne jouait pas régulièrement à Torcy, mais on avait détecté un jeune joueur avec du potentiel. On s’est mis d’accord très rapidement après une prise de renseignements auprès de Bastia. C’est un joueur qui possède une technique et un jeu en mouvement de très haut niveau. Il avait fait des essais au havre. On l’a aussi proposé à Nancy, à Metz… On n’avait pas de doutes par rapport à son potentiel, mais je pense que lui doutait un peu de ses qualités » estime Xavier Collin, l’entraîneur spinalien.

Nouveau show de Boubacar Fofana (98) face à la réserve de Nice ce week-end. Un CSC provoqué, une passe décisive et une chevauchée de 50 mètres ponctuée par un but. Il confirme match après match, très intéressant ! pic.twitter.com/ffsAWegXjU

— Le chercheur de talents (@LeChercheurDT) 26 novembre 2018

« La seule chose que je lui ai dit, c’est qu’il ferait six mois ou un an chez nous avant de rebondir, et c’est ce qui s’est passé » (Lionel Bah, Saint-Priest)

Leur aventure commune dans les Vosges ne durera qu’une saison, mais selon Xavier Collin, elle fut « un bon apprentissage » pour la progression de son ancien joueur.  « Il a découvert le niveau senior et la N2 chez nous. Il a fait ses gammes, avec une marge de progression importante malgré son manque de volume et de culture tactique. Après, c’est un garçon pétri de talents. Quand il avait le ballon, il se passait quelque chose. Je pense que c’est une année qui l’aura fait progresser. Au sein du groupe, l’entraîneur du SAS évoque « un garçon assez discret mais attachant. Il fallait le pousser un peu concède » concède Collin, qui détaille leur fin de collaboration : « A l’inter-saison, on s’est demandé si on devait lui proposer un contrat fédéral en sachant que son premier souhait, c’était de retrouver un projet pro. On a un peu tardé, et lui voulait plus jouer. Il est finalement parti à St-Priest qui lui a garanti du temps de jeu. On peut dire que c’est un bon choix, puisque c’est là-bas qu’il a explosé, dans une équipe où il a eu un peu plus de libertés sur le terrain que chez nous » reconnait humblement Xavier Collin.

Lorsque Lionel Bah décroche son téléphone l’été dernier pour convaincre de faire venir celui qui l’avait impressionné lors de la confrontation entre Saint-Priest et Épinal en N2, le discours est on ne peut plus clair : « La seule chose que je lui ai dit, c’est qu’il ferait six mois ou un an chez nous avant de rebondir, et c’est ce qui s’est passé. Le joueur savait pourquoi il était venu et il a adhéré au projet. L’objectif, c’était de lui redonner le sourire, l’envie de jouer au foot. Il s’est bien acclimaté à notre groupe très jeune. C’est un joueur qui avait besoin de confiance, de tomber sur le coach qui lui fasse confiance. Je lui ai fait même si les débuts ont été compliqués. Cette signature, c’est une récompense, la continuité de ce qui aurait dû arriver depuis bien longtemps. C’est une grande fierté pour le staff et le club ».

Les qualités pour s’imposer en Ligue 2, puis à l’OL ?

Ce n’est pas un, mais deux niveaux au-dessus que s’apprête à découvrir le milieu offensif recruté par le GFC Ajaccio. Si la pression ne sera pas forcément énorme sur les épaules du feu follet de 20 ans, du fait de son assurance de rejoindre l’OL dans la foulée pour un contrat de quatre ans, le temps d’adaptation au haut niveau sera court. « On se dit que son aisance le place légitimement à ce niveau là. Il n’a jamais cessé d’y croire même si son non goût prononcé pour l’effort tendait à être un frein. Si on lui laisse la liberté d’expression, il va être très élégant sur le terrain. Maintenant, j’espère que le fait d’avoir atteint son objectif va lui permettre d’être plus exigeant. Je lui expliquais qu’il ne pouvait pas se contenter d’être seulement élégant » raconte Eric Laclef, aujourd’hui coordinateur sportif à Torcy. Xavier Collin voit lui ce recrutement comme un investissement sur le long terme : « C’est dans les habitudes de l’OL de miser sur le long terme. Il va progresser avec des joueurs de qualité autour de lui. Il réalise son souhait avec l’un des plus grands clubs formateur. C’est un bon choix ». L’Olympique Lyonnais, qui ne donnait aucun signe de vie malgré l’information réelle et avérée de son recrutement, est sortie du silence par le biais de Bruno Génésio en conférence de presse cet après-midi. Désormais, c’est à Boubacar Fofana qu’appartient le devoir de faire du bruit.

Thomas Gucciardi avec Tom Mollaret.

« Boubacar Fofana est un jeune joueur qui a eu une très bonne formation à Clairefontaine et qui doit encore progresser. Il le sait car j’en ai parlé avec lui. Il est très intéressant pour l’avenir »

— Olympique Lyonnais (@OL) 10 janvier 2019

Les vérités de Lionel Bah sur le départ de Boubacar Fofana à lire ci-dessous…

Crédit photo : Sulyvan Manfroi - AS Saint-Priest

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